Le lieu dans lequel nous nous sommes rendus est chargé d’histoire et est emblématique de la ville de Genève. C’est aux bains des Pâquis que le Genève Natation 1885 et plus particulièrement son équipe de Water-polo a vu le jour et depuis 1885, c’est un endroit incontournable pour tous les joueurs de ce club. C’est là-bas qu’est né mon amour pour ce sport, c’est aussi l’endroit où j’ai vécu mes premières émotions, mes premières joies et mes premiers doutes.

Paquis
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J’y ai découvert les règles et les lois cruelles inhérentes à ce sport. Dans l’eau tout est décuplé et lorsque vous jouez contre un joueur plus grand et plus lourd que vous, vous sentez sa présence qui pèse sur vous comme une force indomptable. Aillant commencé très jeune je me suis vite rendu compte que j’allais devoir redoubler d’efforts pour rivaliser avec certains adversaires. Et encore aujourd’hui du haut de mes 1m85 et de mes 75kg je sais que chaque confrontation va être difficile face à des adversaires qui font plus de 2mètres et 130kg. Ça a été une source considérable de stresse pendant plusieurs années ce qui a longtemps été un frein dans ma progression. De part ces écarts de physiques, je ne me sentais pas légitime de jouer dans la première équipe et, en match, je me bloquais psychologiquement alors qu’à l’entraînement je voyais bien que j’avais les capacités. Cela a duré cinq ans et ce qui m’a sorti de cette spirale infernale c’est simplement le temps et l’expérience. A force de jouer c’est une peur que j’ai appris à dompter et à transformer en force. Je me suis rendu compte de mes atouts et petit à petit je me suis concentré sur ma fugue et ma vitesse. Des qualités liées en partie à ce que j’assimilais à l’époque comme des défauts.

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Aujourd’hui, je suis titulaire dans cette même équipe et pour rien au monde, je changerai mon profil de joueur. Pour combattre cette anxiété, j’ai besoin d’une grande concentration avant le match et cela démarre à partir de mon entrée dans l’eau. C’est une fois que je plonge pour l’échauffement que je rentre dans une bulle. Et avant de rentrer dans cet état de concentration, je passe beaucoup de temps au bord du bassin à bien mettre mon maillot de bain, mes lunettes, à sentir l’eau et tous les muscles de mon corps. Ce temps me permet de penser à mes erreurs et de me focaliser dessus afin de ne plus les reproduire. Une fois que tout est prêt, je regarde une dernière fois le sol je tape sur mon torse et je quitte la terre ferme. À partir de ce moment-là, je sais que je n’ai plus le droit à l’erreur et que chaque duel me permet d’avancer et d’effacer un peu plus mes vieux démons. Avant le match j’attache une deuxième fois mon maillot de bain et mon bonnet, car rien ne doit m’empêcher de donner mon meilleur et surtout pas le matériel.

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Mes premières émotions, mes premières joies et mes premiers doutes.

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